Habitude et exaspération

Je me suis rendu compte d’un truc… C’est assez simple mais comme à chaque fois, tant qu’on a pas eu l’idée on y pense pas, et après on trouve ça évident… Il s’agit de l’évolution des « effets » de nos conditions de vie sur nos sensations.

Les sensations agréables, joies et plaisirs, ou désagréables, peines et souffrances, sont provoquées par ce qui nous plaît et par ce qui nous déplaît dans notre vie. Ca peut être de grands évènements « uniques », exceptionnels, comme une promotion, un licenciement, le résultat négatif ou positif d’un test, une naissance ou la mort…

Mais la plupart du temps ce sont de petites choses en rapport avec notre « situation », des petites choses qui vont se « répéter » : les qualités, et les défauts des gens que l’on côtoie au travail ou en privé, les avantages et les inconvénients de notre lieu de vie, maison, appartement, quartier, ville, ou simplement nos « Passe-temps » préférés du moment… Ce sont toutes ces petites choses « régulières » qui seront les « causes » de nos sensations la plupart du temps.

Et ça « fonctionne » d’une façon un peu particulière… Nous le savons tous d’ailleurs mais ce n’est pas clairement conscient. Voilà comment ça marche : Un évènement provoque chez nous une sensation agréable ou désagréable une première fois, mais quand la même chose se reproduit plus tard, ça ne nous fait pas le même effet, ça évolue « en intensité » dans un sens ou dans un autre en fonction du groupe de la sensation :

    – si la sensation associée est agréable alors quand la « chose » se reproduira elle provoquera un effet un peu moins agréable, on se sera simplement « habitué » à ce qui nous à « déjà fait plaisir ».
    – et si la sensation associée est désagréable alors quand la « chose » se reproduira elle provoquera un effet un peu plus désagréable, on ne s’y habitue pas comme pour la sensation agréable, au contraire, on le supporte encore moins !…
Donc : on devient petit à petit « insensible » à ce qui nous à fait plaisir quand ça se répète, pour ne même plus le remarquer, et de l’autre coté, ce qui nous est désagréable, s’il se répète, va finir par devenir insupportable.

Par exemple un appartement qu’on trouve extraordinaire au début, au bout de quelques années on y est habitué, on ne se rend plus compte de ses qualités… A la limite même on ne pensera plus qu’a ses défauts, des voisins bruyants par exemple… Et justement, des voisins bruyants, la première fois ça va nous déranger, on ne sera pas content mais ce sera « supportable », pourtant à force de les entendre, au bout d’une dizaine de fois.. une vingtaine de fois :o ça va devenir insupportable et on sera furieux à chaque fois… La richesse, l’argent, aussi incroyable que ça puisse paraître on s’y habitue, bien sur au moment ou on le gagne ça fait très plaisir mais après, on passe devant la piscine en rentrant chez soi sans même la remarquer, même des millions d’euro, ça ne nous « impressionne » plus du tout, on y est « habitué »…

Ca explique ce sentiment que nous avons probablement tous ressenti à un moment ou à un autre de nos vies, cette « grosse envie » de changement, l’impression d’être dans une prison dorée, irrités par des « détails » devenus insupportables et habitués à quelques « avantages », nous avons envie de « partir », pour ne plus subir ces petites choses devenues pénibles et découvrir de nouvelles « sortes » de plaisirs…

Comme moi ça vous fait sans doute penser tout de suite à un cas bien particulier : le couple !! les défauts du conjoint :evil: dont on « s’accommode » au début, ses manies, sa bêtise (sur certains sujet ;)), ou un simple ronflement… Mais après quelques années, tout ça devient insupportable !.. et les qualités, tellement adorables au début, on ne les remarque même plus ensuite :cry: On a donc ici, probablement rien de moins que l’explication principale de la difficulté de faire durer une relation :o … Je note au passage, en première analyse puisque c’est « nouveau » quand même, qu’a priori donc, il vaut mieux ne pas avoir identifié clairement ce qui nous plait chez la personne qu’on aime :o .. en effet il est bien possible que ce soit une « chance » de moins de s’y « habituer » !! ;)

On comprends mieux aussi comment certain, resté « au même endroit », avec les mêmes gens, n’ayant pas eu le courage (ou les moyens ?) de changer, en vieillissant ne trouve plus d’intérêt à rien dans leur vie, terminent agacés, facilement irrités des « mêmes » choses gênantes, des « vieux cons »… :( Ils subissent l’effet « maximum » de ce dont je parle ici…

C’est peut-être une « méthode » pour faire une sorte de « point » sur sa vie en essayant de se rappeler ce qui nous plaisait au début dans la « situation actuelle » et ce qu’on ne supporte plus aujourd’hui…

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6 réflexions sur “Habitude et exaspération

  1. Ben moi, j’ai à discuter. Oui, oui.
    J’ai opéré quelques changements dans ma longue et vieille vie (rire!) : logement, voisinage, amis, travail… partenaires intimes (pas de changement notoire de couple cependant) et je me suis rendue compte d’un truc, notamment concernant les logements (je ne sais pas si c’est valable pour les personnes) : quand on revient dans un endroit où on a habité et qui n’a pas changé… et que nous, nous avons changé, parfois on trouve de la laideur là où on n’en voyait pas.
    Je ne crois pas seulement que ce soit « l’habitude » qui crée « l’insupportable » mais aussi nos évolutions intérieures (et extérieures). La « manie » du conjoint (ou de la conjointe) dont on s’accommode au début (selon ce que tu dis) ne devient pas insupportable à cause de sa « répétition » (même si cela peut jouer) mais surtout parce que son sens est devenu différent pour nous. Par exemple, si on n’aime plus cette personne… si on en aime une autre… si on considère que « l’on n’a pas à tolérer cela » (suite à une évolution personnelle), si on considère (encore une fois, suite à un cheminement) que la personne « pourrait faire en sorte de ne plus être insupportable »…
    Et pour finir de « discuter », quelqu’un peut nous plaire énormément et pour des raisons bien identifiables et ce n’est pas pour autant que l’on en devient amoureux (ou amoureuse). A l’inverse, on peut être amoureux de quelqu’un sans savoir pourquoi.
    Hé ouais, la magie ça existe aussi! Y’a pas que la rationalité cartésienne dans la vie!

  2. Je suis d’accord avec toi, ce n’est clairement pas « seulement » la répétition qui crée l’insupportable mais aussi nos évolutions intérieures (et c’est intéressant, ça demanderait à être creusé !! :) ). Peut-être même qu’il y a d’autre raisons auxquelles on ne pense pas même…

    Mais dans cet article je voulais surtout me focaliser sur l’effet différent que la répétition a sur les choses agréable et sur celles désagréables : quelque chose de « déplaisant » le devient souvent de plus en plus, au point de devenir exaspérant, et quelque chose de « plaisant », le devient souvent (donc pas toujours quand même si je peux ajouter ce bémol) de moins en moins, on s’y « habitue ».

    Sinon tu prêches un convaincu :) d’ailleurs j’ai dis dans L’amour ou l’ennui que la partie « positive » d’une relation est fondé sur des raisons indicibles ou pas donc je suis tout à fait d’accord que « la magie ça existe aussi » et que « y’a pas que la rationalité cartésienne dans la vie » !! :)

    (heuu.. en fait si je peux me permettre, pour être vraiment précis (et honnête ;) ) je pense que TOUT a une explication cartésienne mais qu’on ne connait pas forcément cette explication (dixit Descartes d’ailleurs) et finalement ce qui est qualifié de « magique » c’est souvent ce qu’on ne comprend pas (mais qui fondamentalement pourrait être compris).. comme un tour de magie parait « magique » tant qu’on ne comprend pas comment il est fait)

  3. Pour prolonger la discussion dans la parenthèse, Descartes a « pensé et été » au 16e siècle (si je ne me trompe pas) et nous sommes au 21e siècle donc… Bon, ce qu’il a raconté était révolutionnaire à l’époque mais on peut tout de même le critiquer un peu (d’autant qu’il ne nous en voudra pas). Déjà, son « je pense donc je suis » est à revoir car on ne peut penser sans avoir « appris à penser » (on peut être con et penser, bien sûr) et donc avoir acquis le langage et donc avoir été avec d’autres êtres humains assez précocement. Et ces derniers nous ont appris à penser et donc à « être ». Bref, « cogito » c’est du relationnel (oui… c’est un truc des gens qui s’intéressent aux sciences sociales ça)

    Quant à la magie… Elle existe bel et bien! Evidemment que tout est potentiellement « explicable » mais ce que je voulais dire c’est que la « magie », c’est cet espèce de truc qui malgré la pensée rationnelle se produit… et la vie en est pleine!!

    Par rapport au sujet traité, imaginons que Monsieur Habitude dise à Madame Exaspération : « je t’aime » (droit dans les yeux et sérieusement) : cela va produire un effet. Imaginons qu’il lui dise (de la même manière) : « je ne t’aime plus ». Cela va produire un effet. Il ne s’agit que de mots… et ces mots ont un effet réel. On peut l’expliquer mais cela aura un effet quand même. Voilà ce que je voulais dire par « magique ».

    Mais comme je suis un peu casse-pieds, j’ai quand même envie d’ajouter qu’à ma connaissance, à ce jour, aucune science ne sait exactement quelle est l’alchimie du sentiment amoureux. On sait un tas de trucs (biologiques, psychologiques, sociaux…) mais on ne sait pas pourquoi ça marche ici et pas là… avec celui-ci et pas avec celui-là de manière certaine et sûre. Si on le savait, t’inquiète pas qu’on aurait déjà fait en sorte de le produire artificiellement! rire!

  4. J’aime bien ta façon de refaire le cogito en tant que « relationnel » :) la version originale « ultime vérité » est finalement très « individuelle » et vachement moins sexy !! ;) vive les sciences sociales moi je dis ! :)

    Les avis sur l’alchimie du sentiment amoureux sont en effet partagés, et chacun y va de sa petite théorie… De Bukowski pour qui « l’amour est la brume au petit matin avant quelle ne se dissipe » à cette prostitué dans ce film dont je ne me rappelle plus le nom qui disait que « l’amour c’est du cul avec des politesses autour » en passant par Balzac qui y voit fatalement « la cohabitation d’une souffrance et d’un ennui »…

    Pour ma part, je l’ai déjà dis dans L’amour ou l’ennui l’amour apparaît quand on vit avec quelqu’un des plaisirs importants parmi ceux que l’on recherche intensément consciemment ou inconsciemment (loin d’être forcément seulement sexuels), et au bout d’un moment quand on est en trop grand déséquilibre de réussir à vivre des peines qui viennent les compenser, et surtout d’accepter cette « partie » pour que l’amour continue… Mais bien sur ce n’est pas facile car comment « souffrir » (en substance) avec quelqu’un en compagnie de qui on partage tellement de « plaisirs extraordinaires »..? C’est un problème sans solution « stable » évidement, toujours en mouvement est l’amour dirait Yoda :) ;)

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