La contrainte d’équilibre

Les sensations se divisent en deux groupes bien connus : d’un coté le groupe des sensations qui ont rapport au « bien-être ». A différentes intensités, par exemple : le rire, le sourire, la plénitude, la simple bonne humeur, la contemplation jusqu’au plaisir physique et même la jouissance. De l’autre coté, le groupe du « mal-être » : tristesse, souffrance, mauvaise humeur ou mélancolie simple, jusqu’aux pleurs et même l’angoisse par exemple.

Il n’y a pas de noms qui désignent précisément ces deux « groupes », j’utiliserais souvent les mots généraux « joies » ou « bien-être » et « peines » ou « mal-être », la langue française me fait un peu défaut ici. Mais chacun comprend ce dont il s’agit, un groupe relatifs l’un aux sensations « agréables » et l’autre aux sensations « désagréables ».

On postule (donc on considère que c’est vrai sans en avoir la preuve) qu’il est possible si les conditions étaient réunies du point de vue de l’amour, de la famille, des amis, du travail, de la richesse, etc, de ressentir uniquement les sensations du groupe « agréable » (et donc de ne ressentir aucune sensations du groupe « désagréable »). Mais il semble que personne n’atteigne ce but…

Pire, tout le monde ressent de façon chronique les sensations du groupe « désagréable », et souvent dans des proportions importantes et étranges au regard des conditions de vie « sur le papier » des gens concernés… Même les gens riches, beaux, célèbres et/ou puissant, semble souffrir plus que nous parfois, il suffit de jeter un oeil à la presse people pour voir la catastrophe…

Quelque chose nous échappe sans doute, nous faisons une erreur quelque part, et je pense que c’est sur le postulat de départ à savoir la croyance qu’il est possible de ressentir uniquement des sensations du groupe « agréable ».

Si on pose à la place un nouveau postulat établissant que les sensations du groupe « agréable » modifie « l’état » de notre conscience (que ce soit chimiquement, ou structurellement) et qu’au bout d’un moment il n’est plus possible d’en ressentir plus, et qu’à ce moment la seule possibilité de la « conscience » dans cet « état » serait de ressentir des sensations du groupe « désagréable », ce qui modifierait à nouveau l’état de notre conscience dans l’autre « sens » et petit à petit nous redonnerait la capacité de ressentir des sensations « agréables ».

Une analogie assez bonne de ce nouveau postulat serait de nous considérer attaché à un élastique : en montant nous ressentons une forme de « bien être » et en descendant une forme de « mal-être ». L’intensité des sensations ressenties dépend de la vitesse à laquelle nous allons dans un sens ou dans l’autre. Mais quand on s’éloigne en montant du centre (où est attaché l’élastique) il se tend et nous attire de plus en plus vers le bas, et nous avons donc de plus en plus tendance à descendre « facilement » ce qui se traduit par une plus grande « sensibilité à la peine », dans cet état la moindre « mauvaise nouvelle » déclenche immédiatement de façon importante de la « tristesse »… Dans l’autre sens si on descend en dessous du « centre », de l’endroit où est attaché l’élastique, il commence à se tendre également et nous avons de plus en plus tendance à monter « facilement », ce qui se traduit par une plus grande sensibilité aux « joies », dans cet état la moindre « bonne nouvelle » nous affecte également de façon importante, nous rend instantanément « joyeux »…

On pourrait donc résumer le nouveau postulat par l’existence d’un lien particulier entre les deux groupes de sensations : notre esprit, notre conscience, a une « contrainte de fonctionnement » plus ou moins « cachée », et on ne peut ressentir les sensations du groupe agréables que dans la même mesure de celles du groupe désagréables, et inversement.

Si un déséquilibre commence à apparaître en faveur d’un des groupes, si on ressent trop les sensations d’un des deux groupe, alors il y a une sorte de « sensibilité » à l’autre groupe qui se développe de plus en plus, à ce moment le moindre événement en rapport avec ce groupe déclenchera alors instantanément la « sensation manquante ». Comme si « l’élastique » s’était tendu et cherchait à revenir à son point d’équilibre.

Enfin si le déséquilibre devient très important, par exemple si vraiment tout est parfait et rien n’arrive de négatif dans notre vie, dans les cas extrêmes de déséquilibre, l’esprit deviendra tellement en « manque » et « sensible » qu’il va aller jusqu’à « inventer » quelque chose, de totalement imaginaire, pour ressentir la sensation du groupe manquant. Ce sont les phénomènes d’angoisse pour la peine ou d’hystérie pour la joie.

Ca parait choquant au premier abord car il y a une telle « culture du bonheur », du toujours souriant, toujours de bonne humeur, que la peine, le mal-être, la souffrance sont presque devenus « tabous », alors les présenter comme des choses « normales », et même les « anticiper » dans le même « volume » que le groupe des sensations agréables, est très.. à contre courant on va dire…

Evidemment la durée ET l’intensité des sensations sont très importantes. Les deux doivent être pris en compte et on aura donc par exemple, une égalité entre « une peine légère ET longue » et « une joie forte ET courte ». Ou bien encore l’égalité entre « une peine forte et courte » et « une joie légère et longue ». D’innombrables combinaisons se suivant, provoquées par la vie, le hasard, la chance, la malchance, s’additionnant, se soustrayant, à toutes les intensités, de toutes les durées, mais, avec cette contrainte, une sorte de « tension » qui nous pousse a revenir « vers l’équilibre » quand il y a trop de l’un des deux.

Pourquoi cette « contrainte » ? Je ne sais pas.. Que ce soit chimique, ou structurel, mais probablement à cause du mécanisme de fonctionnement intime de la conscience largement méconnu…

Voilà, si on admet ce nouveau postulat ça permet tout à coup de comprendre « logiquement » de nombreuses choses difficilement explicable sinon comme le masochisme, les cauchemars, le fonctionement des drogues ou l’impossibilité apparente de trouver le bonheur par exemple parmi les articles de la série Sensations. Il y a tellement de choses qu’on peut expliquer grâce a ce nouveau postulat que je n’ai certainement pas épuisé le sujet. Toute la gamme des situations et sentiments humains pourraient y passer je crois…

Je conviens que ce n’est pas très « sexy » comme « idée », et c’est peut-être pour ça que c’est généralement assez mal accepté par les gens qui l’entendent pour la première fois… On a toujours ce petit rêve qui traîne quelque part d’être « heureux à jamais ».. un jour.. comme à la fin des contes de fées…

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6 réflexions sur “La contrainte d’équilibre

  1. Me voilà!
    Que dire? Qu’il y a de vraies souffrances morales et des gens qui souffrent moins… et pas pour des raisons cérébrales, à mon avis. En tous cas, moi, je défend un truc, issu de ma propre expérience (et pas des bouquins), c’est que l’environnement (humain notamment) est super important pour pouvoir « se sentir bien »… et j’en suis au stade que s’il faut « faire un effort » pour être bien avec des gens (boulot, amis, famille…), on est en droit de se poser la question de la compatibilité avec ces personnes.
    Personnellement, j’ai eu et j’ai, comme tout le monde, des raisons de me sentir mal et je me suis sentie super mal dernièrement. Mais en désidéalisant le bonheur, je me suis sentie beaucoup mieux et en ce moment, je pète la forme! rire!

  2. Les « causes » des souffrances et donc l’intensité des souffrances sont en effet différentes et très variées d’une personne à l’autre, dans certain cas elle sont subies et ça peut aller jusqu’à être simplement terrible :| et dans d’autre cas ce ne sont que des petits soucis de la vie quotidienne, mais ce que j’essaye de dire c’est que dans tout les cas, pour tout le monde, quelque soit ce qui « provoque » les sensations, on ressentira autant de mal-être que de bien être…

    En prenant des cas extrêmes on peut par exemple « prévoir » qu’il y aura de « grande » « souffrances » s’il y a eu de « grandes » « joies » ou de « petites » « souffrances » s’il y a eu des « petites » « joies ».

    Évidement du coup par exemple le bien-être issu du « ré-équilibrage » technique après une souffrance intense et subit n’est pas très « naturel », il se présente sous des formes excessives, confiance en soit délirante, sur-excitation dangereuse, hystérie même, mais.. il est là ! de la même intensité… Et dans un autre exemple, de l’autre coté, le ré-équilibrage après une grande joie (fête, réussite, succès, etc..) n’est pas non plus très naturel finalement, mais il est là aussi… (on connait généralement mieux cette situation que l’autre au travers d’expériences comme les Dimanches après midi après une bonne fête du Samedi soir :) ;))

    Bref ce n’est pas une idée facile :| et pour la première fois je me rend compte qu’elle est même à la limite d’être politiquement correcte dans certain cas : comment soutenir qu’un enfant maltraité ressent la joie exactement équivalente de sa souffrance..? ça relativise sa souffrance et c’est inacceptable je l’admets.

    Mais pourtant c’est une réalité très concrète qu’on peut observer dans notre vie au long cours (pas sur une heure ou une journée bien sur) il y a bien un équilibre entre le bien-être et le mal-être.. pour tout le monde.. dans toute la gamme des circonstances, pareil.

  3. Pas sûr. Pourquoi alors certaines personnes se suicideraient et d’autres non? Le rééquilibrage ne se serait-il pas fait. La souffrance, c’est le sens que l’on donne à la douleur… Le bien-être, c’est aussi un état d’esprit qui peut être cultivé ou non.
    On ne peut pas comparer, tu le dis d’ailleurs, le spleen occasionnel du dimanche am du fêtard du samedi avec la profonde détresse qui parfois à une cause connue… mais pas toujours. Par exemple, on ne sort pas de la dépression par un rééquilibrage.
    Il y a une alternance de « bien-être » et de « mal être » pour les personnes pour lesquelles ça veut dire quelque chose mais je ne pense pas qu’il y ait d’équilibre. Tu sais bien que l’équilibre c’est la mort (sourire) : aussi au niveau cosmique que biologique… :-))

  4. Le suicide est généralement causé par une grande souffrance en effet, mais c’est un petit plus compliqué que ça sinon toute les personnes qui souffrent terriblement se suicideraient.. ce qui n’est pas le cas (loin de là). La base du suicide c’est plutôt l’impression d’éternité que nous donnent les sensations : quand on se sent mal, ou quand on se sent bien, nous avons « l’impression » que cette sensation va durer pour toujours.. nous devrions nous raisonner et nous rendre compte que c’est impossible, mais c’est très dur, et pour certain juste impossible, nous pensons que cette sensation, du moment seulement pourtant, sera éternelle… Nous le croyons dur comme fer… C’est une distorsion de la conscience, une sorte de bug je crois :D … Même moi qui suis pourtant bien placé pour savoir que ni le mal-être ni le bien être NE PEUVENT être éternels, je me fais toujours avoir alors :) franchement ça en devient presque drôle :)

    Maintenant si le bien-être dépendait d’un simple « état d’esprit » ça fait longtemps que ça se saurait… Les humains (et parmi eux de très très grand hommes (et des femmes encore plus extraordinaires ;) )) réfléchissent à un moyen d’être « toujours bien » (donc heureux) depuis.. des millénaires !!… Si un tel « état d’esprit » existait, une façon de penser ou de prendre les choses, et si ça marchait vraiment durablement, tout le monde l’appliquerait depuis longtemps et nous serions dans le monde des bisounours actuellement. Ce qui n’est pas le cas :D ;)

    En fait, plus ou moins n’importe quel « état d’esprit » fonctionnera pour se sentir bien un moment (et bien sur il fonctionnera d’autant mieux si on sort d’une période de souffrance qui à « besoin » d’être « compensé » par de la joie ! ;) ) Certain diront qu’il faut imposer son caractère pour être « heureux », d’autre qu’il faut être ultra conciliant.. ou faire le bien.. ou encore qu’il faut cultiver sa bonne humeur en étant « positif » (c’est l’idée à la mode ;) ), il y a des centaines de recettes toutes plus ou moins contradictoires les unes avec les autres et bref ça marchera toujours « un temps » jusqu’à ce que la conscience ait besoin à tel point de « mal-être » qu’elle produira des angoisses, ou tombera en dépression… A ce moment on nous dira qu’on a pas bien appliqué la recette, qu’on a pas bien « positivé »… :| mouais :s

    Enfin l’équilibre c’est la mort ? :) .. Oui ! seulement si on reste « précisément » à l’équilibre sans bouger ;) .. Il sont nombreux à avoir trouvé cette solution de « ne pas ressentir » d’émotion, de sensations pour être en paix.. car ça marche, c’est possible ça, « pas de mal être » en effet, mais le prix c’est : « pas de bien être » non plus… Mais je n’aime pas trop.. comme nous sommes mortel ça revient un peu à « attendre de mourir »..? :s Et si au contraire on oscille autour de l’équilibre, entre joies et peines, a une intensité raisonnable, ou alors de temps en temps, intensément :D mais en connaissance de cause et donc en acceptant complètement les moments plus durs.. alors.. c’est la vie !! dans toute sa splendeur :D

    J’aurais du commencer l’article comme ça : j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.. la mauvaise c’est que le « bonheur absolu » n’existe pas (qui en doutait..?) et la bonne c’est que le « malheur absolu » n’existe pas non plus :)

  5. Ben ça fait plus de 20 ans que j’ai « découvert » cet équilibre.. j’en parle ici : Eureka
    Pendant les quelques premières années j’ai essayé de le remettre en question, mais rien n’y a fait, ya pas moyen, c’est comme ça que ça marche c’est indéniable… Depuis je l’utilise.. c’est un avantage certain d’être « au courant », de pouvoir « l’anticiper ».. moins le « subir » en fait…

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